Ce que nous croyons

Que vient faire Israël dans le message du Royaume de Dieu ? L’étude du sujet « Israël » n’a pas simplement une dimension politique ou théologique, mais a également à faire avec l’histoire du salut. L’Eglise doit se pencher sur la question du peuple de Dieu pour comprendre les enjeux. Sans les racines juives et sans la conscience du déroulement de l’histoire du salut, il manque à l’Eglise la capacité d’interpréter l’Histoire.

La Bible est une histoire d’exils et de retours. Pour nous en tant qu’Eglise, c’est l’histoire de Jésus Christ. Avec lui, notre histoire du salut personnelle s’inscrit dans la grande histoire du Royaume de Dieu, qui est étroitement liée au peuple de Dieu. L’apôtre Paul reprend cette image dans l’épître aux Romains (cf. les chapitres 11 à 12). Réfléchir à la raison d’être de l’Église sur cette base inspire et déclenche un débat fructueux et qui a du sens.

L’ACMI s’engage à communiquer ce message au moyen de la littérature variée qu’elle diffuse, ainsi que par les séminaires et journées de rencontre qu’elle organise.

La théologie du remplacement

Le peuple d’Israël s’inscrit dans la puissance historique de ce Dieu qui a parlé et leur parle. Et ainsi ils témoignent de la manière dont Dieu s’y prend pour atteindre son but : Dieu parle et agit à travers des événements historiques. Le mot hébreu dabar signifie à la fois parole et acte. Israël apprend à interpréter les événements historiques comme aucun autre peuple. Dans l’exégèse biblique du christianisme qui fait abstraction de l’histoire juive, il est bien question d’un salut qui mène les croyants au ciel, mais pas concrètement du salut du monde, qui comprend la vocation d’Israël.

Ceux qui n’acceptent pas cela veulent un monde déshistoricisé, dé-judaïsé, un monde spirituel par opposition au monde physique. Jean 11, 51-52 résume pourquoi Jésus est mort : « Or, il ne dit pas cela de lui-même; mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. Et ce n’était pas pour la nation seulement; c’était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. »

Les conséquences de la théologie du remplacement sont:

Les allégorisations : si la dimension historique manque, la théologie peut comprendre l’histoire en tant qu’illustration de principes spirituels. Elle est alors une allégorie, image de quelque chose de vrai mais qui ne doit pas forcément avoir existé de manière tangible. Cette théologie n’a rien à voir avec celle qui accepte la valeur historique des récits bibliques.

  1. L’Eglise remplace le peuple de Dieu : si on lit par exemple une définition du mot « Eglise » dans la grande encyclopédie théologique « Religion dans l’histoire et le présent » parue en 1959, il est dit : « Dans le christianisme des origines, l’Eglise s’est vue comme le nouveau peuple de Dieu, qui a été élu à un salut éternel par Jésus Christ, et ainsi mis au bénéfice de toutes les promesses qui avaient été promulguées au peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance. »
  2. Un autre Dieu : plus loin, nous constatons une vue faussée qui prétend que le Dieu de l’Ancien Testament (ci-après abrégé par « AT ») est un autre que celui du Nouveau Testament. Ce Dieu de l‘AT, un juge sévère, auteur d’une religion légaliste, est remplacé par un Dieu d’amour et de grâce dans le Nouveau Testament. L’échelle morale du Nouveau Testament est perçue comme supérieure à celle de l’AT.
  3. L’Ancien Testament est interprété par le Nouveau Testament : un autre problème est passablement répandu parmi de nombreux chrétiens qui prétendent qu’il faut comprendre l’Ancien Testament au travers du Nouveau Testament. Le père de l’Église Augustin croyait que le Nouveau Testament était caché dans l’Ancien Testament et que ce dernier révélait sa vraie signification dans le Nouveau Testament. Avec cette vue des choses, on prétend que l’on ne peut comprendre l’Ancien Testament que par le Nouveau Testament. Ce que l’on peut considérer comme « les lunettes du Nouveau Testament » peut très vite devenir les lunettes de « l’esprit du siècle ».
  4. Le théologie de l’accomplissement : c’est la 5ème conséquence. Elle se base sur Matth. 5:17 et est interprétée en tant qu’accomplissement – comme sommet et fin de toutes choses – de l’Ancien Testament : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » Si cette proclamation de Jésus est lue en admettant qu’il a vécu et agi en tant que juif, ces versets (17-20) semblent indiquer que Jésus est venu pour montrer ce que veut dire vivre selon les normes de l’Ancien Testament. Certains théologiens chrétiens ont interprété Matth. 5:17 comme si toutes les prophéties de l’Ancien Testament faites à Israël trouvent leur accomplissement en Christ. Ce type de « théologie de l’accomplissement » n’est rien d’autre qu’une nouvelle variante de la théologie du remplacement. Cette théologie d’accomplissement annonce la fin d’une ère, l’ère d’Israël.

Une nouvelle entité (Romains 11)

Paul décrit la relation entre juifs et chrétiens en prenant l’image d’un olivier sur lequel on a greffé des branches. Paul ne pense pas à un nouvel olivier. L’ancien olivier est simplement complété par des nouvelles branches sauvages. L’image de l’arbre fait penser naturellement à un arbre généalogique ; en fait, à un arbre généalogique illustrant l’histoire du salut. Ces deux derniers mots nous rappellent comment Dieu désire établir sa paix et son salut sur la terre au travers des hommes. L’identité de la chrétienté est basée sur le judaïsme. Le tronc de l’arbre représente l’Israël qui croit. Avec Abraham, ce croyant de l’Ancien Testament, Dieu a commencé à former son peuple. Ce peuple a continué d’exister au travers des âges jusqu’à l’époque de Jésus et même au-delà. Les chrétiens issus du monde païen n’ont pas créé une nouvelle religion, mais se sont intégrés dans ce contexte juif de la foi. La racine de cet arbre est Jésus Christ, car le Christ était déjà là avant la fondation du monde. Jésus Christ est la Parole de Dieu vivante qui pénètre tout et fortifie la foi. Dieu n’a pas soustrait son histoire et ses promesses faites à Israël son peuple, en les transmettant au mouvement des chrétiens issus des païens. Paul décrit ici le peuple de Dieu croyant et les chrétiens issus des païens comme une seule entité. Paul ne considère qu’un olivier, et celui-ci est composé de juifs et de non-juifs qui sont disciples de Jésus Christ.

Le but de l’histoire avec le peuple d’Israël

Dieu s’est révélé dans l’histoire et Il continue à le faire. Avec l’histoire d’Israël, une partie de l’humanité va connaître ce que peut être la malédiction, mais également la bénédiction. Dieu se révèle dans l’Histoire, montrant de plusieurs manières qu’il a des moyens et des chemins qui conduisent à la vie, vers la paix et la joie. L’histoire qu’il a commencée a aussi un objectif. Le chalom nous est promis. On expérimente le chalom dans la communion avec Dieu, comme cela était prévu lors de la création.